Kamouraska ou l'influence d'une tradition

by Paul Raymond Côté
Citation
Title:
Kamouraska ou l'influence d'une tradition
Author:
Paul Raymond Côté
Year: 
1989
Publication: 
The French Review
Volume: 
63
Issue: 
1
Start Page: 
99
End Page: 
110
Publisher: 
Language: 
English
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Abstract:

 

Kamouraska ou i'influence d'une tradition 

par Paul Raymond Côfé

Je ne serai pas plus là qu'une âme chassée de son corps et qui erre dans des greniers étrangers, en compagnie des chauves-souris

-Kamouraska, 109

CoNTEs DE FEES, sorcellerie, démonologie, délires fantastiques, voilà quelques-uns des éléments auxquels recourt, de façon systématique, Anne Hébert pour nous communiquer sa vision intérieure. De plus en plus nom- breuses sont les études qui relèvent les manifestations du merveilleux et de l'étrange dans l'ceuvre hébertienne en tentant tant bien que mal d'intégrer ces éléments à un réseau expressif. Implicite dans Leç Chambres de bois, le fantastique s'affirme progressivement dans les romans suivants pour domi- ner la structure thématique du récit. C'est, en effet, le schéma cabalistique des Enfants du sabbaf qui nous permet de voir retrospectivement, avec une profondeur nouvelle, les comparaisons et les références dans Kamouraska rattachant Aurélie Caron au monde des sorcières et George Nelson aux pouvoirs occultes du diable. D'une manière analogue, c'est le vampirisme formel d'Héloïse qui nous renseigne sur la vraie nature de Michel dans Leç Chambres de bois et nous aide à mieux comprendre la fonction symbolique de ce personnage. hFous de bassan n'échappent pas au merveilleux et à l'insolite qui dotent l'œuvre d'une dimension étrange et poétique pour nous dire que l'essentiel du récit ne réside pas dans son contenu événementiel. La voix dlOlivia, ne nous vient-elle pas de l'au-delà?

En optant pour l'inclusion du fantastique dans ses moyens d'expression, Anne Hébert rompt, d'une part, avec le réalisme que semble affectionner son époque, mais continue, d'autre part, une tradition ancienne enracinée dans toute civilisation et qui a certainement marqué l'esprit collectif québécois. Si la croyance en Dieu et aux miracles est une condition requise pour la survie de l'occultisme, la Nouvelle-France remplit les exigences. Pays dominé par le catholicisme depuis ses origines, où les rites de l'Église, de même que les saisons, ordonnaient les activités des gens, le Québec se révélait un terrain propice à l'émergence de sorciers et d'alchimistes, de fantômes et de démons comme en témoigne son riche folklore. Pourtant, la spécificité québécoise des éléments de l'occulte et du surnaturel, dans la

tradition tant orale qu'écrite, ressort de "la poétique du doute et de l'incer- tain" (Lemire XXXII) font naître et qui est, à notre avis, incontestable- ment reliée à l'instabilité socio-politique à laquelle les Québécois ont toujours dû faire face. Les phantasmes de la sublimation ainsi que les spec- tres de l'extinction ensevelis dans l'imaginaire de ce peuple font surface dans les contes et légendes canadiens-francais qui sont en effet envahis par des références aux pouvoirs inexplicables des créatures de la nuit et des lieux souterrains. Précisons d'emblée qu'un inventaire des manifestations du fantastique et du satanisme dans l'œuvre hébertienne nous intéresse moins que l'établissement d'un lien spécifique avec cette tradition folklo- rique canadienne-française, en l'occurrence entre Kamouraska et une œuvre du siècle dernier qui représente bien ce régime de l'imaginaire, L'lnfluence d'un livre' de Philippe Aubert de Gaspé fils. 11 n'est pas notre intention de montrer une influence directe exercée par Aubert de Gaspé fils sur Anne Hébert, entreprise qui pourrait s'avérer hasardeuse sinon érronée, mais lu tôt de souligner le fait que l'auteur de Kamouraska continue une tradition qui remonte aux débuts de l'expression romane-sque en Nouvelle-France.

Au premier abord, ce genre de rapprochement risque de paraître farfelu, voire fantaisiste en vertu de l'apparente disparité des deux textes en ques- tion. Toutefois, c'est surtout dans la fonction de I'irréel fantastique qu'il faut chercher le dénominateur commun de ces deux œuvres. Margot Nor- they a fait preuve de perspicacité à cet égard dans son étude intitulée The Haunted Wilderness: The Gofhic and Grotesque in Canadian Fiction en mon- trant que les deux œuvres baignent dans une atmosphère gothico- romanesque indéniable. La vérité essentielle de L'lnfluence d'un livre, selon

M. Northey, est psychologique en ce sens qu'événements et détails recèlent des valeurs symboliques: la quête de l'or traduirait la recherche de valeurs organisatrices. Amand représenterait, par exemple, l'homme primitif tandis que Saint-Céran incarnerait la société rationnelle. Le gothique se dégage de la menace constante que ces deux forces posent à l'homme. Kamouraska renoue avec cette tradition gothique non seulement en raison de l'inclusion dans le texte de sexe, sang, violence et terreur, mais aussi par la présenta- tion "in Elisabeth's personality, [of] the old conflict between civilized society and natural man" (Northey 56). Nous jugeons bon de continuer sur le chemin frayé par Northey et d'approfondir ce rapprochement.

L'Influence d'un livre, ce "premier roman" de la littérature québécoise, comme l'appelle Séraphin Marion (48), se serait inspiré, à en croire Aubert de Gaspé fils, de faits vrais, dévénements tels qu'ils sont arrivés" (1,iv148). N'est-il pas vrai que c'est aussi un drame réel qui a servi de point de départ pour Kamouraska? A l'instar de P.-G. Roy et G. Ouellet qui confirment la véracité de la plupart des détails constituant la trame de l'action dans L'Influence d'un livre, Sylvio Leblond fait remarquer les sources historiques de Kamouraska2.Mais nous savons qu'Aubert de Gaspé fils et Anne Hébert ont puisé aussi dans les sources fécondes de la tradition orale des habitants du pays. Mary Jean Green, par exemple, fait le rapprochement entre la fortune d'Élisabeth, dans Kamouraska, et celle de l'héroïne de la légende de la Corri- veau décrite par Philippe Aubert de Gaspé père dans Les Anciens Canadiens, légende qui fonctionnerait en tant que sous-texte dans l'œuvre d'Anne Hébert (Green 145). Dans L'influence d'un livre,le folklore se fait sentir de la façon la lus manifeste lorsque l'auteur nous raconte les légendes de Rose Latulipe et de l'homme de Labrador.

Le texte d'Aubert de Gaspé est structuré de telle façon qu'Amand semble hésiter entre plusieurs solutions que l'auteur veut mettre en relief. L'oscil- lation entre les ~ôles de la science et de la superstition, le démoniaque et le rationnel s'extériorise car ces qualités s'incarnent dans les différents per- sonnages qui représentent, chacun, un choix: Lepage et le bel intrus (Satan dans l'histoire de Rose Latulipe), par exemple, symboliseraient le chemin du primitivisme et du passé, le chemin de la violence qui se présente àAmand comme une option à considérer, tandis que Saint-Céran et les autres étudiants sipifieraient l'avenir et la conscience lucide. Selon d'autres inter- prétations, celle de Louis Lasnier en premier, les divers actants qui aident à faire avancer l'intrigue ne seraient que les facettes opposées d'une même conscience individuelle à la recherce de l'équilibre. Sous cette optique, Lep- age et Saint-Céran seraient des extensions de la personnalité refoulée d'Amand.

Dans Kamouraska, cette polarisation société-nature, mentionnée par Nor- they, s'intériorise du fait que les personnages représentent à des moments divers, des qualités les plus contradictoires. Élisabeth est à la fois ange et démon, innocence et complicité ("Mon atroce complicité. [...] Je suis inno- cente", K 167), comme Antoine Tassy est en même temps "Beau seigneur. Sale voyou" (K 69) et George Nelson médecin et meurtrier, satan et sau- veur, bourreau et victime. D'ailleurs, on pourrait se demander si George Nelson et Élisabeth Tassy n'ont pas, l'un à l'égard de l'autre, une mission comparable à celle que donne Louis Lasnier aux personnages dans L'lnfluence d'un livre,c'est-à-dire celle de se renvoyer l'image la plus refoulée de leur conscience.

Entre ces deux textes, il existe des correspondances encore plus subtiles. Nelson semble s'approcher tantôt du scientisme de Saint-Céran tantôt de la violence primitive de Lepage. 11 affirme à un moment donné: "Le pays est infesté de charlatans. L'ignorance, la superstition et la crasse partout. Une honte! Il faudrait empêcher [...] votre servante Aurélie de jouer les sorcières auprès des nouveau-nés" (K 121). Mais après le décès de sa sœur, religieuse qui meurt comme une impie, Nelson décide de suivre le chemin tracé par Lepage dans l'œuvre d'Aubert de Gaspé fils, celui des émotions primitives, de la violence et du meurtre: "Cette crapule de Tassy, je vais l'abattre comme un chien, moi" (K 177). C'est surtout dans cet acte meurtrier que s'établit le plus grand rapprochement entre Lepage et Nelson.

Chez Aubert de Gaspé fils, le "corps-à-corps" terrible entre Lepage et Guillemette (la forme féminisée de ce nom est peut-être significative) de- vient une sorte d'acte sexuel. Lepage sentait "l'étreinte désespérée" (125/71) de sa victime "qui l'embrassait avec tant de violence" (125/71). Après le meurtre, Lepage sera visité dans son sommeil par des visions répugnantes dans lesquelles le cadavre de sa victime, "son crâne fracasse (1 27/73), revient tout sanglant et "lui jetait quelques gouttes de sang sur les tempes"(127/73). L'acte meurtrier de Nelson n'est pas moins graphique, et comme chez Lepage, la frénésie de ses gestes se relie à l'érotisme. Nelson se sent "maître de la vie et de la mort" et pense tout de suite à Élisabeth: "Désire s'accoupler immédiatement avec elle. Triomphalement. Avant que ne s'a- paise son ivresse" (K 234).

Comme Lepage a été torturé en rêve par le sang de sa victime, Nelson devient obsédé par le sang d'Antoine Tassy qu'il vient de verser, à tel point qu'il l'attribue à un phénomène surnaturel: "Moi, médecin, je jure que ce n'est pas naturel. Tant de sang dans un corps d'homme" (K 240). Or, c'est surtout Élisabeth qui est hantée par ce crime de Nelson et qui croit voir à plusieurs reprises "un homme plein de sang" (K 30). Cet homme dont "la cervelle lui sort par les oreilles" (K 80) "se lève en secret" (K 80) pour venir tourmenter Élisabeth. Dans les deux ceuvres, ces revenants sont l'actualisa- tion d'un profond sentiment de culpabilité.

Si les personnages chez Aubert de Gaspé fils semblent univoques par le fait qu'ils représentent chacun une position ou une solution particulière, ceux d'Anne Hébert sont nettement polyvalents, renfermant une multipli- cité d'attitudes, se révélant simultanément noir et blanc, bon et mauvais, sauvé et damné. Quoi qu'il en soit, pour les deux auteurs, le point de départ est une société où les valeurs sont mal définies ou, plus exactement, une société dans laquelle il se trouve plusieurs valeurs en contradiction. Amand se livre aux tentations de l'alchimie, opte pour les voies interdites à cause de "l'impasse sociale de Ifépoque" (Lasnier 35). N'est-ce pas pour la même raison qu'Élisabeth recourt à toutes les tactiques pour arriver à ses fins, tactiques incluant la sorcellerie qui allait à l'encontre du régime social pat- riarcal en place? Il y a au fond de l'œuvre d'Aubert de Gaspé fils et d'Anne Hébert une idée fondamentale qui oriente leur récit: la quête. Amand ex- plique que gravés dans son esprit sont les mots: "cherchez, vous trouverez" (171 51) tandis que Saint-Céran, lui, parle du "beau idéal que nous cherchons dans tout ce qui nous environne" (1531101). Dans Kamouraska, Élisabeth commente son délire en disant: "J'ai l'air d'évoquer des esprits et pourtant c'est la vie même que je cherche" (K 127). Il s'agit d'une quête de l'intégration et du bonheur ainsi que de valeurs par quoi organiser l'exis- tence. La marginalité qui caractérise les personnages dans les deux œuvres renforce ce thème ainsi que les moyens subversifs par lesquels ils tentent de réaliser leurs désirs. Comme l'affirme Louis Lasnier, "la pensée magique naît chez un marginal" (Lasnier 73).

Dès le premier chapitre de L'Influence d'un livre, Aubert de Gaspé fils insiste sur le sentiment d'exclusion éprouvé par Amand qui est "toujours méprisé, rebuté comme un visionnaire comme un [...] fou" (17/51). Le rôle de paria que joue Amand est symboliquement souligné par l'éloignement de sa demeure, "misérable cabane" (5149) d'où il a chassé les autres habitants pour pouvoir "vaquer secrètement à des travaux mystérieux auxquels il avait dévoué sa vie" (15-6149-50). Ainsi que sa maison et ses vêtements délabrés, son activité occulte le sépare irrémédiablement de la société dite normale. Tout espoir d'intégration est anéanti et même volontairement refusé par ce travail alchimique auquel Amand se livre. Si nous nous fions à la remarque de Robert Harvey, George Nelson ressemble en beaucoup à Amand par son incapacité de s'intégrer socialement. C'est, en effet, "un personnage hétéroclite, sujet à de graves problèmes d'identité au plan SO- cial" (Harvey 7). Comme Amand, Nelson est un solitaire qui se tient à l'écart de la société. 11 dit lui-même: "Je n'ai jamais eu d'amis" (K 123). Ne fait-il pas deux ans que Nelson est à Sorel sans qu'il se soit intégré dans la vie communautaire? "Il s'enferme dans sa maison. Il se barricade comme un criminel" (K 127). N'oublions pas que comme Amand, Nelson habite une cabane dans le bois loin des gens.

Si Amand se consacre régulièrement à ses expériences d'"Alchimiste mo- derne" (1 6/50) jusqu'au petit matin, le docteur Nelson se donne à des activités nocturnes égaiement mystérieuses: "Souvent le petit jour le sur- prend assis à la table de la cuisine, penché sur des chiffres et des calculs précis. A moins que ce ne soit en pleine manipulation d'appareils, de flacons et d'éprouvettes. Certaine poudre à l'éclat métallique chauffe et se volati- lise, sans fondre. Dans un étrange parfum d'ail" (K 165). Frappé par ce passage, Maurice Émond demande: "A quelle science occulte se livre le docteur dans sa cabane transformée en véritable laboratoire alchimique?" Il continue en disant que l'odeur d'ail, "comme le soufre ou toute trace de pestilentielle, est liée au passage du diable" (Émond 38-39), ce qui rattache cette œuvre d'Anne Hébert à deux axes importants de L'Influence d'un livre, soit l'alchimie et la démonologie.

Ce refus de s'intégrer à la société manifesté par Amand et par Nelson se teinte d'équivoque tant chez l'un que chez l'autre. Dans un songe, Amand rêve de gloire et d'acceptation sociale. La déité de sa vision lui dit: "Sans nul secours, tu t'es frayé un chemin au travers du sentier rude et épineux de la science [...] Viens jouir maintenant de ta récompense" (1 10-11154-55). Ensuite, nous retrouvons Amand, toujours en rêve, "sur notre globe, on l'adorait, on l'admirait, on l'enviait . . . Il était heureux!" (111155). Nelson, lui, joue le rôle du bon médecin dévoué et infatigable et rêve aussi, en secret, de l'approbation de la société: "On vous aime infiniment. Vous faites vraiment le nécessaire pour qu'on vous aime d'ailleurs. Toute la vallée du Richelieu visitée et sauvée par vous. Vous sanglotez de joie, docteur Nel- son" (K 1%). Dans les deux textes, l'euphorie est de courte durée car soudain le rêve se gâte. I'our Amand, c'est le jour qui "mit fin à cette douce erreur, et la froide réalité vint rappeler à notre héros qu'il était seul (1il/ 55). Pour Nelson, c'est son propre rêve qui se tourne en cauchemar. Une malade qu'il n'a pas pu sauver "se réveille soudain de la mort" (K 155) pour le dénoncer: "La foule se retourne contre vous. Hurle, menaqante" (K 155).

Comme l'a fait souvent remarquer la critique (voir entre autres M. Émond 36-40), la corrélation entre George Nelson et le diable est soig- neusement développée par Anne Hébert. Selon Aurélie, n'est-il pas "un diable américain qui maudit les mamelles des femmes" (114), "le plus grand diable" (K 175), "le roi des démons" (Kamouraska i94)? Le troisième fils d'Élisabeth, contrairement à ses autres enfants, a les cheveux noirs comme son vrai père, George Nelson. Par surcroît, cet enfant s'appelle Nicolas. Un des surnoms du diable n'est-ce pas Old Nick? (Dictionnaire du Diable 64). Sa mère elle-même l'appelle "ce petit démon" (K IO). C'est donc au moyen du personnage de George Nelson, qu'Anne Hébert rattache sciemment aux pouvoirs et surtout à la symbolique de l'enfer, que nous voulons continuer notre exploration des expressions du folklore traditionnel dans Kamouraska. Bien que le diable ait de nombreuses fonctions dans l'imaginaire collectif des Québécois, Nelson incarne deux rôles en particulier qui sont habituelle- ment attribués à Satan au Québec: celui du Tentateur et celui du Justicier.

Dans L'Influence d'un livre, le diable se manifeste visiblement à deux occa- sions: comme le bel étranger qui séduit Rose Latulipe et comme la créature infernale qui vient réclamer l'âme de Rodrigue dans le récit de l'homme de Labrador. Eva-Maria Kroller fait observer, sans aller plus loin, qu'un des multiples rôles joués par Élisabeth est justement celui de Rose Latulipe, tandis que George complète le scénario en incarnant Satan (Kroller 128). Le geste de la part du mystérieux inconnu d'offrir à Rose Latulipe un collier de perles et d'or souligne ses qualités de séducteur élégant, "habillé en velour (sic) noir et galonné sur tous les sens" (141187). Selon le narrateur: "il était beau cet étranger" (141/87). Ces qualités ne manquent pas à Nelson car un des témoins qui a remarqué ses vêtements peu ordinaires dit: "Il m'a semblé très joli homme, bien jeune"(K 204). Mais comme chez Aubert de Gaspé fils, il ne s'agit que d'apparences. "L'alchimie du meurtre" (K 240) révèle la vraie nature de Nelson et le transforme de telle sorte qu'il commence à ressembler à la deuxième apparition du diable chez Aubert de Gaspé fils: une créature laide au visage horrible (voir 1861136). Chez Anne Hébert, cet enlaidissement de Nelson ainsi que la terreur qu'il engendre se reflètent dans la réaction des témoins: "Il avait des yeux soupçonneux, bien noirs. J'étais effrayée" (K 220); "Je le trouvais pas mal grossier" (K 220). Même Aurélie Caron s'avoue frappée par cette métamorphose: "Monsieur le doc- teur est tellement changé qu'on le reconnaît à peine"(K 239).

Il est intéressant de noter qu'au cours de sa chevauchée frénétique, l'"étrangern de Kamouraska (210) passe par Saint-Jean-Port-Joli (K 199), lieu où s'ouvre le récit d'Aubert de Gaspé fils et qui est mentionné de manière explicite dans le deuxième chapitre de Lrlnfluence d'un livre (113157). Autre détail significatif, Anne Hébert, adoptant le point de vue des habitants, se réfère à Nelson à maintes reprises comme l'étranger (K 208, 210, 214, etc.). Signalons à cet égard que le chapitre dans L'Influence d'un livre qui décrit l'intrusion de l'inconnu chez Rose Latulipe s'intitule "~'Étran~er".

En parlant des deux manifestations du diable chez Aubert de Gaspé fils, c'est-à-dire lors de l'histoire de Rose Latulipe ainsi que dans le récit de l'homme de Labrador, c'est surtout sur le rôle de justicier joué par le diable qu'insiste Jean Du Berger dans son article "Le Diable dans les légendes du Canada français", expliquant que ces récits se structurent selon l'axe de la "transgression-punition, soumission-récompense" (Du Berger 9). Effective- ment, Rose a transgressé la loi chrétienne en dansant le jour du mercredi saint. "Cette jeune fille s'est donnée à moi" dit le diable (146/92). Satan ne réclame que son dû. Parallèlement, Rodrigue a aussi transgressé ce même code car c'est un meurtrier impénitent. La "justice n'était pas satisfaite" (1

79/129), ce qui explique l'apparition de l'être infernal dans la cabine isolée de Rodrigue. Comme le diable d'Aubert de Gaspé fils, George Nelson est présenté à plusieurs reprises dans ce rôle de justicier: "Cet homme est le bonheur. Il est la justice" (K 117). En outre, Nelson se croit lui-même un justicier car le meurtre d'Antoine Tassy remettra, pense-t-il, les choses en bon ordre: "Justice, justice, justice. . . . Antoine Tassy mérite la mort" (K 164); "Je rétablirai la justice initiale du vainqueur et du vaincu"(K 129).

Maintenant que nous avons établi un lien entre L'lnfluence d'un livre et Kamouraska par le biais de la démonerie folklorique, il faudrait s'interroger sur la fonction de cet élément chez les deux auteurs. Le démonisme est inextricablement relié à la situation socio-politique de l'époque. A ce propos, Jules Michelet constate dans La Sorcière (ouvrage qu'Anne Hébert cite dans sa bibliographie à la fin des Enfants du sabbat) que "les révoltes paysannes du Moyen Age furent préparées par des éruptions de sorcellerie qui les précédèrent" (Lasnier 213). Or, pour Louis Lasnier, le Québec en 1837, date de publication de L'Influence d'un livre, vivait son propre Moyen Age (Lasnier 29). Est-il donc un hasard si l'action de L'lnfluence d'un livre et celle de Kamouraska se situent à la même époque, soit la première moitié du dix- neuvième siècle? C'est une période troublée au Québec, un moment où le peuple résiste par des moyens de plus en plus violents à la domination et tente de briser l'oligarchie britannique. Ces efforts atteignent leur point culminant au moment des rébellions de 1837-38. Il y a mention de ces soulèvements dans Kamouraska lorsqu'une voix anonyme intervient pour chuchoter: "Élisabeth dlAulnières, veuve Tassy, souvenez-vous de Saint- Denis et de Saint-Eustache!" (K 44). D'ailleurs, n'y a-t-il pas eu deux Nelson qui ont participé à ces révoltes? Wolfred Nelson qui a défait Gore à Saint-Denis et Robert Nelson qui a proclamé la République du Bas-Canada. Si Anne Hébert crée un drame qui a comme canevas l'agitation des insurrec- tions, c'est pour commenter subtilement l'action du premier plan de son tableau.

Dans cette optique donc, Kamouraska et L'lnfluence d'un livre seraient des ceuvres de révolte et de subversion où la sorcellerie tiendrait lieu d'arme dans cette lutte acharnée de l'être humain pour affirmer son existence et son identité. Si, alors, les activités alchimiques d'Amand chez Aubert de Gaspé fils "compenseraient une humiliation profonde" (Lasnier 63), le motif ou le paradigme de la sorcière employé par Anne Hébert a comme fonction de s'opposer à celui de la vierge, montrant que tout le réseau démoniaque sert de moyen d'expression pour véhiculer une contestation de l'ordre social et plus spécifiquement de la condition féminine (Hajdukowski-Ahmed 260- 68). C'est bien dans ce contexte de la révolte qu'il faut situer la fonction de la sorcellerie et de la démonologie dans Kamouraska car ces éléments per- mettent l'établissement métaphorique d'un réseau de correspondances qui tourne autour de la contestation. Élisabeth se voit fascinée par certains personnages surtout à cause de ce qu'ils représentent dans ce réseau.

Aurélie Caron, la jeune sauvagesse qui fume une pipe et qui vit avec un homme qu'elle appelle "son oncle," a, dès son adolescence, la connaissance des garçons que désire Élisabeth. Si elle est décrite comme une sorcière, c'est pour mettre en valeur à quel point elle va à l'encontre de l'ordre établi. Elle tente de savoir l'avenir par les cartes et fait des patiences (K 1831, comme la mère d'Élisabeth, d'ailleurs (K 42). Notons que si Aurélie est non- conformiste, la mère d'Élisabeth l'est aussi à sa façon lorsqu'elle déclare que la prière la fatigue (K 98), que "le seigneur lui-même [la] tanne à la longue" (K 53). Cette consultation occultiste des cartes se trouve déjà dans l'œuvre d'Aubert de Gaspé fils au moment où Amand se rend chez la vieille Nollet, "la plus grande sorcière du Canada" (1681116). Chez Aubert de Gaspé fils et chez Anne Hébert, ces femmes s'opposent, par les valeurs auxquelles elles se souscrivent, au régime spirituel de leur temps.

Aurélie incarne une pulsion de liberté contrainte par la vie étouffante et stérile que mène Élisabeth dans la maison de ses trois tantes. Le passage de la rue Georges (lieu de son enfance) à la rue Augusta (demeure de ses tantes) signifie donc pour Élisabeth la fin d'une vie libre et sauvage (à la Aurélie Caron) et le début d'une existence de discipline, marquée par des ordres et des admonestations incessantes (K 54-55). La scène du renouvel- lement des vœux du baptême où Élisabeth "renonce à Satan, à ses pompes et à ses oeuvres et [s']attache à Jésus-Christ pour toujours" (K58) est décrite, malgré les voiles et la couronne de fleurs, comme une séance de torture. Aurélie Caron vit en dehors de ces lois et représente pour Élisabeth le moyen d'obtenir la sagesse nécessaire pour réaliser des désirs réprimés. Si Élisabeth veut agir, elle doit le faire par l'intermédiaire d'un agent: ou bien Aurélie Caron qui est censée être sorcière et qui possède donc les pouvoirs nécessaires pour exercer une action, ou bien George Nelson qui fait figure du diable et donc d'une force opérante.

Antoine Tassy incarne physiquement la connaissance et l'expérience tant désirées. Par conséquent, il est, lui aussi, présenté comme le diable séducteur, beau danseur, ce qui montre la polyvalence des personnages d'Anne Hébert dont nous avons fait mention ci-dessus. Lors de la chasse, il sort du marais, comme une apparition, "un beau, grand, gros garçon" (K 68). En route vers Kamouraska, Élisabeth et Antoine s'arrêtent dans une auberge où ils dansent la gigue irlandaise. Selon Élisabeth, cette danse "est une invention du diable" (K 72). Elle trouve répugnantes l'atmosphère et la nourriture de cette auberge. Le côté démoniaque d'Antoine Tassy ne possède pas les résonances positives qu'on voit dans celui de George Nel- son. La force d'attraction d'Antoine Tassy réside dans le fait qu'il représente un moyen pour Élisabeth de fuir la tutelle dictatoriale de ses trois tantes. Pourtant, elle se rend vite compte qu'il ne la transporte pas dans le paradis auquel elle s'attendait mais plutôt dans son propre enfer de folie, d'humilia- tion et de débauche. Ame tourmentée, Antoine se mire déjà dans les eaux sombres de la mort incarnant ainsi le contraire de ce que cherche Élisabeth, qui ne cesse de répéter: "Je veux vivre" (K 167, 195, 202).

Si, selon Louis Lasnier, la quête du diable chez Amand "implique sa haine de l'ordre établi" (Lasnier 212), Élisabeth semble être motivée par des senti- ments semblables dans sa recherche du démon. N'oublions pas que Satan, ou Lucifer, est le révolté par excellence. Après avoir eu recours au diabo- lique Antoine Tassy pour se libérer de l'autorité de ses tantes, elle sollicitera l'aide d'un autre diable dans le but de mettre fin au régime infernal de son mari fou.

George Nelson représente pour Élisabeth le moyen de s'échapper à l'enfer de sa vie conjugale, le salut par des moyens peu orthodoxes. Nelson et Tassy entretiennent aux niveaux événementiel et structural des rapports à la fois ambigus et intriguants qui soulignent l'inversion de valeurs sur laquelle repose le drame d'Élisabeth. Si Nelson voit dans son ancien com- pagnon de jeu la concrétisation de tout ce qui lui semble être refusé, Tassy se révèle non moins fasciné par son ami médecin et son silence frondeur. Dans ce monde à l'envers, l'assassin se montre séduisant, la victime répugnante, et les deux partagent des caractéristiques démoniaques, favor- ables chez le premier, dépréciatives chez le second. Lors d'une vision délirante qui surgit entre le meurtre de Tassy et la fuite aux États-unis de Nelson, Élisabeth imagine une cérémonie qui ressemble en beaucoup à celle de sa première communion où elle a dû renoncer à Satan: voile de tulle, couronne de fleurs. Cette fois, elle se marie et c'est nul autre que "le diable à [son] bras" (K 243), c'est-à-dire George Nelson. Ce thème du satanisme associé à Nelson ne fait qu'étoffer d'autres formes d'expression de la margi- nalité et de la subversion. Nelson est anglophone et protestant dans un pays français et catholique. En choisissant Nelson comme amant, Élisabeth semble vouloir se mettre au ban de la collectivité en allant à rebours de ses deux éléments de base: race et religion. Élisabeth commet le mal suprême et s'expose à l'anathème quand elle dit: "Que la reine pende tous les patriotes si tel est son bon plaisir. Que mon amour vive!" (K 44).Il doit être donc clair que la thématique de la démonologie dans Kamouraska est surtout une expression littéraire fort développée du refus de l'étouffement individuel par le conformisme.

Aubert de Gaspé fils et Anne Hébert s'occupent donc d'un problème majeur: échec des valuers traditionnelles, recherche d'un nouveau fonde- ment social. C'est un détail nettement symbolique que l'auteur de L'Influence d'un livre nous donne quand il dit que "le vent faisait trembler la chaumière [d'Amandl, mal assurée sur ses fondements"(19/53).Aubert de Gaspé fils a du mal a présenter clairement des valeurs ordonnatrices, ce qui fait que, d'une part, il condamne le matérialisme et la vanité de la vie sociale mais, d'autre part, il reconnaît que ce refus aboutit à une vie de misère, comme c'est le cas d'Amand (Northe~ 39). Une instabilité et une équivoque arei il les règnent dans le monde de Kamouraska car, comme fait remarquer Henry Cohen, "aucune valeur spirituelle ne subsiste ni à Sorel, ni à Québec, ni à Kamouraska" (Cohen 104). L'œuvre démasque la société en démystifiant les valeurs traditionnelles de la religion et de la terre qui permettaient aux Québécois de se cacher la réalité de leur état de colonisés: "Dans la vie privée il n'y a que matérialisme, hypocrisie, instinct dépravé et répression du naturel; dans la vie publique, rien que du conformisme aveugle" (Cohen 104). Pourtant, Anne Hébert ne ré tend pas offrir de solution, de sorte que rien n'est catégorique dans son univers romanesque.

Sur le ~lan structural, l'impasse ressentie par les deux auteurs se reflète dans l'itinéraire foncièrement circulaire d'Amand et d'Élisabeth. Si, à la suite de nombreuses pérégrinations, Amand est de nouveau dans sa petite cha- umière "où nous l'avons trouvé en commençant cet (sic) histoire" (1120121/170-171), Élisabeth, elle, malgré ses voyages imaginaires interminables à travers temps et espace, se trouve toujours dans la même chambre, au chevet du même homme mourant.

Poursuivant cette notion de circularité, Louis Lasnier croit que l'auteur de L'Influence d'un livre aurait inverti le début et la fin de son texte en suivant la tradition des alchimistes qui mélangeaient les formules de leur grimoire pour les rendre incompréhensibles aux non-initiés (Lasnier 153). Selon lui, les premier et dernier chapitres du livre d'Aubert de Gaspé fils sont à interchanger pour découvrir le vrai sens du récit. Ce jugement nous semble bien applicable également à la structure de Kamouraska puisque, en juxtap- osant les première et dernière sections, on remarque qu'il est question des mêmes affirmations:

PREMIER CHAPITRE DERNIER CHAPITRE

10déclinaison du nom d'Élisabeth: "Moi, Elisabeth d'Aulnières, veuve d'An- "Je suis Élisabeth d'Aulnières, épouse en toine Tassy, épouse en secondes noces premières noces d'Antoine Tassy, seig- de Jérôme Rolland (8). neur assassiné de Kamouraska, épouse

en secondes noces de Jérôme Rolland

(248).

20 aifente d'une letfre:

"Sa dernière lettre interceptée par les "J'attends une lettre que sera inter-
juges" (11). ceptée" (246). 

30 déparf de George: 
"Tu as fui comme un lâche, me laissant "Mon amour a fui, m'abandonnant au 
demère toi, toute seule pour faire face à bon plaisir de la justice" (248). 
la meute des justiciers" (9). 

40 innocence:

"Innocente, je l'ai été" (10). "Je suis innocente!" (248).

50 fausse innocence: 

"il fallait me refaire une innocence à "Fixer le masque de I'inocence" (249) 
chaque séance" (8). 

L'isomorphisme de l'ouverture et de la conclusion de Kamouraska se réalise 
grâce au prolongement ad infinifum au fil de tout le roman des thèmes de 
l'attente et de la mort qui ponctuent visiblement ces deux moments du 
texte. Par conséquent, le lecteur prend lentement conscience du fait qu'il 
assiste à un rite sans fin car Élisabeth ne sortira jamais de son enfer. 

Meurtre et revenants, satanisme et sorcellerie constituent quelques-unes des figurations puisées au folklore canadien-français par Aubert de Gaspé fils et par Anne Hébert pour transposer et même euphémiser la crise d'identité et de valeurs qui afflige la société québécoise depuis la conquête. C'est peut-être sur le plan du subconscient que ces éléments surnaturels assument cette fonction métaphorique chez Aubert de Gaspé fils qui af- firme s'être tenu "presque toujours à la réalité" (iv/48) dans la rédaction de son œuvre. Pour lui, alchimie et démonisme font partie de la vérité histo- rique, tandis que chez Anne Hébert ces mêmes structures mystiques con- stituent ce qui séparent le récit du quotidien pour contribuer à l'élaboration d'un univers imaginaire fort complexe. Le fait que les chroniques de l'époque concernant Joséphine Taché, la femme réelle sur laquelle se base le drame d'Anne Hébert, ne font pas mention de sorcellerie, tandis que de telles références abondent dans Kamouraska doit nous indiquer que l'auteur ne s'intéresse pas à faire une simple romance historique. Fusion d'une tradition orale et d'un préromantisme mal défini chez Aubert de Gaspé fils, le régime démoniaque qui domine l'atmosphère de la narration hébertienne a une mission essentiellement littéraire et plus consciemment symbolique soit celle d'ouvrir les portes aux antichambres du mystère dans lesquelles l'auteur veut conduire son lecteur. Il n'est pas question d'obscurcir les choses, mais, au contraire, d'en révéler le sens profond. Alors, si L'Influence d'un livre recueille avec simplicité les vieilles chansons et les contes légendaires des premiers habitants tandis que Kamouraska exploite ces éléments de superstition folklorique pour des fins ouvertement esthétiques, il s'agit, dans les deux cas, d'une expression viscérale de contestation.

Notes

'Le Chercheur de trésors est le titre qu'a donné à cet ouvrage l'Abbé Casgrain. Signalons au passage que, après la mort prématurée de l'auteur, l'Abbé Casgrain avait effectué de nom- breux remaniements au texte destinés à le rendre plus conforme aux enseignements de l'Église au Québec du dix-neuvième siècle. En plus de supprimer certains détails, l'Abbé a

cru bon de changer le patronyme d'un des personnages. Le meurtrier Joseph Lepage devient,

dans l'édition de Casgrain, Joseph Mareuil. 'voir Sylvio Leblond, "Le Drame de Kamouraska d'après les documents de l'époque," LPs Cahiers des Dix, 37 (1972): 239-73; P.-G. Roy, Le Bulletin da Recherches Historiques, 49 (1943): 97-102 et 150-57; et G. Ouellet, Ma Paroisse, saint-lean Port-loly, Lévis, 1946, 109-121.

Références

Aubert de Gaspé fils, Philippe. L'lnfluence d'un livre. Québec: William Cowan et Fils, 1937. Nous citons la version réimprimée de ce texte, présentée par André Senécal chez Hurtu- bise HMH, 1984. Après chaque référence à cette œuvre, nous donnerons d'abord la pagi- nation conforme à l'édition de 1837 (conservée aux archives de l'Université Laval) suivie de la page correspondante dans la réimpression de 1984.

Du Berger, Jean. "Le Diable dans les légendes du Canada françaisr', Revue de l'université Laurentienne 8.2 (1976): 7-20. Cohen, Henry. "Le Rôle du mythe dansKamouraska d'Anne Hébert", Présence Francophone, 2, (1976): 103-11. Émond, Maurice. La Femme à la fenêtre: l'univers symbolique d'Anne Hébert dans ies Chambres de bois, Kamouraska et les Enfants du sabbat. Québec: Les Presses de l'Université Laval, 1984. Green, Mary Jean. "The Witch and the Princess: The Feminine Fantastic in the Fiction of Anne Hébert", The American Review of Canadian Studies, 15.2 (1985): 137-46. Hajdukowski-Ahmed, Maroussia. "La Sorcière dans le texte (québécois) au féminin", French Review, 58.2 (1984): 260-68. Harvey, Robert. Kamouraska d'Anne Hébert: une écriture de la passion. Montréal: Hurtubise HMH, 1982.

Hébert, Anne. Kamouraska. Paris: Seuil, 1970.

Kroller, Eva-Marie. "Repetition and Fragmentation: A Note on Anne Hébert's Kamouraska",

The Literary Half-Yearly, 24.2 (1983): 125-33. Lasnier, Louis. La Magie de Charles Amand: imaginaire et alchimie dans "ieChercheur de trésors"

de Philippe Aubert de Gaspé fils. Montréal: QuébeclAmérique, 1980.

Lemire, Maurice. Dictionnaire da œuvres littéraires du Québec, 1. Montréal: Fides, 1980.

Marion, Séraphin. "Nos trois premiers romans" dans ies Litres canadiennes d'autrefois, Tome IV, Hull: Éditions de éclair, 1944, 47-60. Northey, Margot. The Haunted Wilderness: The Gothic and Grotesque in Canadian Fiction. Toronto: U of Toronto P, 1976. Tondriau, T. et R. Villeneuve. Dictionnaire du Diable et de la démonologie.Verviers (Belgique): Édition Gérard et Co., collection Marabout Université, 1968.

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