Du stéréotype au mythe: l'écriture du fait divers dans les nouvelles de J. M. G. Le Clézio

by Bruno Thibault
Citation
Title:
Du stéréotype au mythe: l'écriture du fait divers dans les nouvelles de J. M. G. Le Clézio
Author:
Bruno Thibault
Year: 
1995
Publication: 
The French Review
Volume: 
68
Issue: 
6
Start Page: 
964
End Page: 
975
Publisher: 
Language: 
English
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Abstract:

 

Du stéréotype au mythe: récriture du fait divers dans les nouvelles de J.M.G.Le Clézio

par Bruno Thibaulf

JEAN-MARIE GUSTAVE LE CLEZIO qu'on connaît surtout comme écrivainvoyageur et comme auteur de contes oniriques a fait paraître en 1982 un recueil de nouvelles remarquables consacrées à la France contemporaine. Le titre de ce recueil, La Ronde ef autres faits divers, est révélateur: il s'agit d'une dizaine de récits basés sur des faits divers réels tirés de journaux. Dans "La Grande Vie", par exemple, Le Clézio raconte l'aventure de deux jeunes fugueuses, Pouce et Poussy, qui fuient l'usine d'alimentation où elles tra- vaillent pour aller découvrir la Côte d'Azur. Dans "Le Passeur" il raconte le périple de Miloz, un travailleur yougoslave qui passe la frontière en fraude pour venir travailler en France. Dans "David" Le Clézio raconte la tentative d'un garqon de onze ans qui vole de l'argent dans un supermarché pour imiter son frère aîné. Dans "L'Echappé" il raconte la fuite de Tayar, un travailleur maghrébin traqué par la police à la suite d'une affaire de mœurs. Bref l'écrivain met en scène dans LaRonde des hommes, des femmes et des enfants qui sont exclus du système et qui font l'expérience du néant social. Il met en scène les "marginaux" et les "immigrés" de la France d'aujourd'hui.

Le Clézio décrit aussi dans La Ronde les banlieues maussades qui ceintu- rent les grandes villes modernes; et il montre que ce milieu est caractérisé par l'absence de "milieu". En effet la zone urbaine périphérique où évoluent les personnages n'est pas simplement située hors de la ville et loin des regards: c'est un immense terrain vague et vide, un espace sans unité et sans identité, un habitat sans cœur et sans centre. Le Clézio met ainsi en évidence le malaise des banlieues dans la France contemporaine: il montre des quartiers décentrés et vides où tournent en rond des personnages déchus et vaincus, déchirés de brusques bouffées de violence.

"La Ronde" est le titre de la première nouvelle du recueil. Cette histoire de quelques pages se déroule en moins de deux heures et dans le même lieu. Martine et Titi sont deux adolescentes qui suivent des cours dans une école de sténo, mais sans conviction. Pour elles, l'horizon est "bouché" dès le départ: elles seront secrétaires dans un bureau ou caissières dans un ma- gasin. Les deux adolescentes s'ennuient terriblement dans la cité. Un jour Titi suggère de voler un passant. Martine se surprend elle-même par la facilité avec laquelle elle accepte de participer à l'aventure: à aucun moment

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elle ne s'est posé de problème moral ni n'a ressenti de peur. Il lui semble que ce vol précipite simplement une situation toujours déjà présente, latente, dans sa vie. A partir de ce moment Martine devient le personnage central de la nouvelle. En général la narration est omnisciente: mais le narrateur épouse par endroits les pensées et les sentiments de Martine. Le style indirect libre se mêle fréquemment aux descriptions extérieures du décor, si bien que le déroulement du récit est véritablement centré autour de la conscience de Martine.

Pourquoi ce vol? Les deux adolescentes veulent évidemment obtenir de l'argent pour s'amuser avec. Mais elles veulent aussi épater les garçons qu'elles fréquentent. En un sens, ce vol est une sorte de rituel d'initiation: il s'agit pour Martine et Titi de se faire adopter par la bande des garçons, de se faire admettre sur un pied d'égalité dans leur clan. Les deux jeunes filles empruntent aux garçons deux vélomoteurs et commencent à rôder dans la ville, à la recherche d'une victime.

Les deux jeunes Mes roulent le long du trottoir, vers l'ouest. Le soleil est au zénith, il brûle, et l'air frais n'arrive pas à dissiper l'espèce de sommeil qui pèse sur le goudron de la rue . . . Titi roule devant . . . Martine roule derrière eiie, dans la même ligne, et quand eiies passent devant les vitrines des garages, eiie aperçoit du coin de l'mil leurs silhouettes qui glissent, comme les silhouettes des cavaliers dans les hlms de cow-boys. (13)

Au départ les deux motocyclistes éprouvent une simple sensation de délivrance: elles se saoulent de vitesse dans la ville à demi-déserte. Mais à mesure qu'on se rapproche du moment où le vol sera commis, les descrip- tions deviennent quasi-fantastiques et laissent apparaître la sourde violence de l'héroïne. Pendant qu'elle tourne dans les rues, Martine évolue et com- mence à comprendre que ce vol est un geste de révolte contre le monde des adultes. Les adultes ce sont ceux qui vivent "dedans": dans leurs bureaux, dans leurs magasins, dans leurs appartements, dans leurs autos, dans leur confort. Ce sont ceux qui vivent "dans le système", engoncés dans leurs idées toutes faites, abrutis par la routine, agglutinés à leurs postes de télévision. Martine, au contraire, veut vivre "dehors": elle veut échapper au système et vivre sans règles, sans horaires et sans contraintes. L'opposition entre le dedans et le dehors, entre i'immobilité de la ville et la vitesse des vélomoteurs, entre i'engourdissement des adultes et la liberté des adoles- centes devient de plus en plus marquée à mesure que le récit Martine, maintenant, a envie de tout casser: elle aimerait faire voler en éclats la ville entière. Le Clézio souligne très bien la violence qui bouillonne en elle lorsqu'il écrit: "Martine pense aux moteurs des motos qui peuvent éclater comme le bruit du tonnerre, et elle voit un instant la rue s'ouvrir, se précipiter sous les pneus qui la dévorent, tandis que les fenêtres explosent en mille miettes qui jonchent l'asphalte de petits triangles de verre"(15).

Un peu plus loin, les deux jeunes filles remarquent une femme seule, immobile à l'arrêt d'autobus. Sans échanger un mot, Martine et Titi savent qu'elles viennent de trouver leur victime. Elles font encore un tour dans les rues adjacentes pour s'assurer que le champ est libre, puis reviennent en arrière et précipitent la femme au sol en lui arrachant son sac à main. Titi s'échappe à pleine vitesse. Martine la suit, serrant le sac contre son ventre. Mais à l'instant où elle traverse le carrefour, un camion de déménagement bondit en avant et la renverse. Le dernier paragraphe nous montre la jeune fille inerte sur l'asphalte, tordue sur elle-même comme un linge, tandis qu'un filet de sang s'échappe lentement de ses jambes.

Barthes a montré dans un article célèbre que la structure du fait divers est très similaire à la structure de la nouvelle2. La structure du fait divers est immanente. Sans durée réelle, donc sans possibilité de développement ou d'analyse, le fait divers constitue un monde complet qui se suffit à luimême. Le fait divers forme une entité compacte et immédiate: "c'est en cela qu'il s'apparente à la nouvelle et au conte, et non pas au roman" (189). 11 est clair que la nouvelle de Le Clézio, par son extrême simplicité, par sa brièveté et sa violence, reste très proche du fait divers qui l'inspire. Point n'est besoin de longues explications pour comprendre cette anecdote: tout se joue en quelques minutes et en quelques gestes décisifs.

Barthes note cependant qu'on trouve toujours une certaine dualité au cœur du fait divers. Le fait divers ne commence que là où l'information première-la violence-se dédouble et propose un rapport problématique entre deux énoncés. "Tout fait divers comporte au moins deux termes ou, si l'on préfère, deux notations" (190). Entre ces deux notations-par exemple un crime et son mobile, ou un accident et ses circonstances-le fait divers pose une relation qui est souvent déconcertante. Barthes cite deux exem- ples tirés de la presse à sensation pour illustrer cette idée. Une jeune bonne a enlevé le bébé de ses patrons. Pour obtenir une rançon? Non: parce qu'elle adore l'enfant. Une femme a blessé son amant d'un coup de couteau. Parce qu'il allait la quitter? Non: parce qu'ils ne s'entendent pas en politique.

On voit à travers ces exemples que la logique du fait divers repose d'une part sur une fascination pour la violence-violence renforcée par la rapidité brutale de l'anecdote-et d'autre part sur une légère déviation de la relation de causalité. Un événement frappant s'est produit: le lecteur attend une cause pour l'expliquer mais c'est une autre cause qui apparaît. La nouvelle de Le Clézio ne déroge pas à ce principe et demeure ici encore très proche du fait divers qui l'inspire. Une jeune femme est renversée par un camion. Encore la victime d'un chauffard? Non: c'était une voleuse qui s'échappait avec le sac de sa victime. Dans l'univers du fait divers, on le voit, tout événement estmenacé par le hasard. Une force étrange hante l'univers du fait divers et vient miner la relation des causes et des effets.

Mais le hasard-c'est-à-dire la coïncidence-n'existe pas à l'état pur dans l'univers du fait divers. Tout événement étrange, aberrant ou insolite, de- vient en effet une sorte de signe. L'apparition du camion dans la conclusion de la nouvelle peut être interprétée par le lecteur comme l'intervention d'une sorte de "fatum" dans la vie de Martine, ou comme un châtiment divin. Il est tentant d'identifier l'intervention du camion à celle d'un dieu mystérieux qui viendrait punir la jeune fille de son crime. Mais il est clair que Le Clézio évite de présenter une conclusion aussi nette et catégorique: avec beaucoup d'adresse il déjoue l'attente du lecteur et met fin à son récit sans tirer de leçon. La nouvelle offre donc une conclusion déconcertante et abrupte, une "chute" brusque qui, comme dans certaines nouvelles de Maupassant ou de Paul Morand, vise simplementà plonger le lecteur dans l'incertitude et lui interdit de tirer une morale explicite concernant l'événement.

Le Clézio respecte donc les grands principes qui définissent le genre du fait divers lorsqu'il écrit "La Ronde". On y trouve en effet la violence, l'immanence, la dualité et finalement l'ambiguïté concernant la morale qui caractérisent le fait divers. Ceci dit, Le Clézio ne respecte pas tous les principes du fait divers. Les critiques ont souvent noté la présence de stéréotypes puissants dans le fait divers. Dans les journaux à scandales, l'accent est souvent mis sur des personnages typés-l'enfant, la prostituée, le vieillard, l'escroc, la jeune mariée, etc.-qui sont chargés de renouveler la situation souvent banale du crime ou de l'accident. Certes, on peut trouver qu'au départ Martine et Titi correspondent d'assez près au stéréotype des jeunes délinquantes des banlieues modernes. Mais Le Clézio creuse le stéréotype de la jeune délinquante et réalise un certain degré d'individuali- sation du personnage. L'écrivain montre en particulier qu'il existe une cer- taine ambiguïté chez Martine concernant le mobile-ou les mobiles-du vol. L'auteur montre d'autre part que les raisons profondes qui poussent Martine à commettre ce vol échappent en partie au personnage et lui font épouser son acte avec une sorte de frénésie et d'instinct destructeur. Ce vol, bien qu'il soit prémédité, n'est pas un acte réfléchi: il s'y ajoute une sorte de fascination pour le vide et une sorte de défi.

Nous pouvons à présent revenir au titre du recueil et comprendre pour- quoi la ronde s'applique à cette nouvelle-ci en particulier et au recueil en général. Une ronde désigne d'abord un groupe d'enfants qui dansent en cercle: c'est un jeu. L'auteur accrédite cette interprétation lorsqu'il écrit à propos de Martine et Titi: "ce sont des enfants qui tournent dans cette ronde, des filles au visage encore doux de l'enfance, aux cheveux emmêlés par le vent" (19).D'autre part une ronde est le parcours d'une sentinelle qui s'assure que tout est en ordre avant la bataille. Le mot met ici l'accent sur le mauvais coup qui se prépare, sur les circuits qu'effectuent les deux moto- cyclistes à travers la ville avant de se jeter sur leur victime. La "ronde" présente ainsi deux connotations opposées et contradictoires-l'innocence et le calcul, le jeu et le crime-qui caractérisent exactement l'état d'esprit des deux voleuses au moment où elles passent à l'action.

Mais ce n'est pas tout. A un troisième niveau, la ronde symbolise la vie de ces deux adolescentes qui tournent en rond et qui n'aboutissent à rien. Au fond Le Clézio veut montrer que pour Martine cette tentative de vol est un geste "magique" pour rompre le cercle vicieux de sa vie, un exorcisme pour mettre fin à l'enlisement de son existence. Malheureusement la seule façon pour Martine d'en sortir réellement sera la mort. L'image du cercle vicieux, contenue dans l'image de la ronde, peut d'ailleurs être appliquéeà la plupart des nouvelles de ce recueil. En étudiant maintenant deux autres nouvelles, "Moloch" et "Ariane", nous allons voir comment l'auteur décrit l'existence d'autres personnages prisonniers de l'univers des banlieues. Nous verrons aussi comment Le Clézio introduit un élément nouveau-le mythe-pour donner au fait divers une plus grande profondeur et une plus grande authenticité.

"Moloch raconte la grossesse solitaire d'une jeune femme, nommée Li- ana. La nouvelle se déroule sur trois journées: le 15 août 1963, jour où Liana réalise qu'elle est abandonnée par son compagnon; le 3 octobre 1963, jour où elle accouche seule dans le mobile home où elle habite; puis la conclusion, quelques jours plus tard, où elle décide de fuir pour échapper à ceux qui viennent la chercher.

Le texte commence par souligner la conduite suicidaire de Liana. Liana se trouve depuis trois jours dans le mobile home surchauffé: elle ne sort plus, elle refuse toute aide et toute nourriture, elle ne se soigne pas. Pourquoi? Le texte nous fournit les indices nécessaires. Liana, qui est enceinte de 7 mois, vient d'être "plaquée" par Simon. Elle est donc parfaitement seule pour affronter la venue au monde de l'enfant. Elle s'efforce d'oublier Simon et le passé qui est devenu trop douloureux pour elle:

[Cl'est à peine si [Liana] parvient à mettre en marche son esprit pour chercher des souvenirs. Quand elle fait cela, il y a quelque chose qui se déclenche en elie, comme si un petit muscle se raidissait, comme ces petits nerfs qui se mettent à trembler dans la paupière ou sur la joue. C'est un signal pour qu'elie s'arrête de chercher. (23)

Liana est tellement bouleversée par le départ de Simon qu'elle veut rom- pre avec tout le genre humain. Elle ne peut plus faire confiance à qui que ce soit, y compris Judith la jeune assistante sociale qui vient lui rendre visite au mobile home une fois par semaine. Un seul personnage lui est demeuré fidèle: c'est le chien-loup, nommé Nick. Nick est toujours présent aux pieds de sa maîtresse: il épie ses moindres gestes, il semble partager son attente et son angoisse. Mais c'est Simon qui a donné ce chien à Liana: c'est pourquoi il arrive que Nick lui fasse penser à Simon. Alors la douleur revient: "C'est son regard (à Nick) que Liana essaie d'imaginer maintenant, mais, sans qu'elle s'en rende compte tout de suite, ce sont les yeux de Simon qui apparaissent, [...] des yeux qui la transpercent, et elle pousse un cri" (25).

Le décor joue un rôle important dans cette nouvelle. Le Clézio décrit avec minutie la misère de Liana. Le mobile home se trouve dans un terrain vague situé au bord d'un grand fleuve-sans doute le Rhône-à deux pas de l'autoroute qui l'enjambe. C'est un lieu sans beauté, sans identité et sans nom: un lieu où il est difficile de se sentir des racines. Liana habite un espace indéfini qui n'est ni tout à fait la campagne, quoiqu'il y ait des fermes alentour, ni tout à fait la ville, quoique la présence de la ville se fasse sentir par une vague rumeur au loin le jour et par une lueur rouge à l'horizon la nuit. Le décor de la nouvelle est donc vide et assez sordide: cependant Liana s'y sent en sécurité car elle peut y vivre retranchée du monde, loin de tous.

La lumière aveuglante et déssèchante est une composante importante de ce décor. Durant la journée, le feu du soleil transforme le mobile home en une sorte d'enfer dans lequel le personnage suffoque. Pourtant Liana préfère rester à l'intérieur du mobile home car au dehors la lumière est si intense qu'elle rend le moindre effort et le moindre regard impossibles. Les forces de la nature forment donc un milieu hostile pour Liana qui s'affaiblit. Liana a la nausée: elle a de la fièvre et de fréquents étourdissements. Le texte présente un contraste symbolique entre le personnage et le décor: un contraste entre la faiblesse de Liana et la puissance du soleil, entre la fécondité de la femme et la stérilité du paysage.

La seconde section de "Moloch" est un morceau de bravoure: c'est une longue description, par l'auteur, de la douleur physique qu'éprouve une femme au moment de l'accouchement. A cette douleur physique, s'ajoute la torture morale de se savoir abandonnée, trompée, négligée par l'homme qui l'a rendue enceinte. On peut souligner plusieurs procédés utilisés par Le Clézio pour dramatiser l'importance de cette scène et frapper l'esprit du lecteur. D'une part c'est la première évocation de la nuit depuis le début de la nouvelle. La lumière aveuglante du dehors disparaît et une relative fraîcheur pénètre le mobile home. C'est une sorte de trêve, mais de très courte durée, car les douleurs commencent: "Liana ne peut pas s'endormir. Les vagues de la douleur passent à travers son corps, venues de très loin, de l'autre bout de la terre; elles ont trouvé sur leur chemin [...] cette femme couchée sur le tapis, recroquevillée, essayant en vain de se cacher" (35).Puis Le Clézio utilise une longue métaphore filée-la métaphore du vaisseau- pour prolonger la métaphore des "vagues" de la douleur et pour décrire l'accouchement:

Les bras glissent le long du ventre, unis par les poignets, puis ils remontent jusqu'aux seins, ils redescendent encore, encore. C'est comme cela qu'ils luttent contre les vagues de la douleur, pour les écarter, briser leurs rangs. Liana roule sur le dos, elle retombe tantôt à gauche, tantôt à droite, et le mouvement de roulis régulier lui fait du bien. Elle est comme un bateau qui roule sur les vagues, qui cède un instant, puis bascule tandis que la force dangereuse glisse sous sa coque. (36-37)

Finalement Le Clézio utilise dans ce passage de nombreuses réminis- cences bibliques. Liana, lorsqu'elle donne naissance à son enfant dans le mobile home ressemble étrangement à la Vierge dans l'étable de Bethléem. Le texte insiste à plusieurs reprises sur cette identification, notamment dans ce passage où Liana se sent gagnée par l'exaltation de la délivrance:

Par instants, elle pense que le bébé est en train de naître, que c'est cela, ce qu'elle a attendu depuis des mois, qu'il est en train de se passer quelque chose déxtraordinaire, pour la première fois, quelque chose qui va tout changer sur la terre. Cela fait un grand frisson, un courant qui brûle et qui éclaire tout en elle, comme une langue d'alcool qui court. (37)

L'accouchement est pour Liana une épreuve épuisante mais aussi une révélation. La jeune mère est transfigurée par la douleur et par la joie, éclairée de l'intérieur comme dans les nativités de Fra Filippo Lippi. Au moment où l'enfant vient de naître, la paraphrase biblique se fait plus sensible encore. Une étoile des bergers, toute prosaïque, vient éclairer la scène: "Liana regardait le plafond du mobile home, l'ampoule électrique nue qui rayonnait aussi fort qu'une étoile" (38).Evidemment il ne s'agit pas de proposer ici une interprétation religieuse de cette nouvelle. Rien n'est plus loin de i'intention de l'auteur. Le Clézio veut simplement montrer qu'à cet instant-clé de sa vie, Liana vit i'expérience de son abandon àtravers la dépossession de la Vierge.

La troisième section de ce récit se déroule quelques jours après l'accouchement, lorsque Liana décide de fuir le mobile home. Elle sait que la police, alertée par l'assistante sociale, va venir chercher l'enfant. Comme elle est sans ressources et visiblement perturbée, la jeune mère sera séparée de son enfant et internée dans un asile. Le dernier paragraphe de "Moloch

. -.

nous montre Liana qui emporte l'enfant endormi dans ses bras, roulé dans une couverture. Le chien-loup les accompagne. Ils marchent longtemps le long du fleuve, dans le sable, jusqu'à la nuit noire. Cette dernière scène fait écho, elle aussi, àune scène biblique: il s'agit de la fuite en Egypte. Liana fuit devant la ~olice, comme Marie devant les janisssaires d'Hérode, pour protéger son enfant. Mais ici, évidemment, nul Joseph n'est présent pour soutenir les pas de Liana. Le pessimisme de l'auteur est sensible dans cette étrange conclusion. Liana parviendra cette fois-ci àéchapper àceux qui la recherchent. Mais la prochaine fois?

Pour comprendre le sens profond de cette nouvelle, il est nécessaire maintenant d'en discuter le titre et de s'interroger sur l'identité de Moloch. Historiquement, Moloch est un dieu cananéen, adopté par Israël, àqui l'on sacrifiait des enfants. Les prophètes de l'Ancien Testament, notamment Jérémie, se sont élevés contre ce culte sanguinaire: ils en ont banni la pratique3. Il est clair que pour le lecteur c'est Nick qui, au départ, ressemble àMoloch. Au moment de l'accouchement, par exemple, le chien observe l'enfant fixement, en grondant et en montrant les dents, couché au sol comme une idole barbare. Le Clézio note: "Et lui, le grand chien-loup blanc et noir, est couché sur le ventre comme une statue de pierre, hiératiquen (36).Le lecteur craint que l'animal se jette sur l'enfant pour le dévorer. Mais il s'agit d'une fausse piste sur laquelle Le Clézio choisit de nous égarer.

Dans la conclusion le renversement de perspective est complet. Le lecteur comprend que Moloch symbolise les forces "hostiles" de la société: tous ceux qui, médecins ou policiers, vont venir arracher l'enfant àLiana. Mo- loch devient ainsi le symbole du tourment moral de l'héroïne, et le symbole de sa folie. La scène finale de la nouvelle-la fuite le long du fleuve- renforce cette interprétation en établissant une superposition entre l'image monstrueuse de Moloch, le dévoreur d'enfants, et l'image monstrueuse d'Hérode, responsable du massacre des Innocents. Il existe donc dans cette nouvelle un intertexte assez complexe, faisant coïncider l'Ancien et le Nou- veau Testament, et renforçant la violence du fait divers par la puissance du mythe. Liana échappe dans la conclusion au domaine du stéréotype: elle présente maintenant les traits d'un véritable archétype.

"Ariane", comme "Moloch", raconte l'existence d'une jeune femme isolée dans l'univers des banlieues. "Ariane" est une nouvelle de treize pages, écrite du point de vue omniscient, et qu'on peut diviser en trois parties ~rinci~ales:

la présentation du décor, la présentation de l'héroïne, le viol brutal de l'héroïne par une bande de voyous. "Ariane" est une nouvelle rapide et concise, structurée de façon à frapper le lecteur de plein fouet. Le récit se précipite vers la scène brutale du viol et ne présente ni conclusion ni consolation.

La nouvelle commence de façon quasi-balzacienne: Le Clézio plante le décor en quatre pages pour préparer l'action et pour montrer le milieu déprimant dans lequel évolue le personnage. C'est une description angois- sante de la cité des H.L.M., "espace sans chaleur" (79), où les habitants vivent séparés les uns des autres et hostiles les uns aux autres. C'est une cité-dortoir: les gens vivent enfermés "dans leurs alvéoles" (80), comme des insectes, sans jamais communiquer entre eux. Deux bruits dominent le silence de la cité: le rugissement des cyclomoteurs et les voix toni- truantes des téléviseurs. Le Clézio veut montrer que ces bruits expriment une violence à peine masquée: ils ont pour effet d'empêcher toute com- munication, d'exclure autrui et d'isoler chaque individu dans son univers particulier.

La cité est loin de tout: loin de la ville, loin de la mer, loin de la montagne. Elle est située dans une zone industrielle, à deux pas d'une usine de crémation qui répand sa fumée grise dans le ciel. Dans cette cité les fleurs ne poussent pas, le fleuve est à sec, le ciel est toujours couvert. Bref, il se dégage de ce tableau une impression de stérilité extrême. De plus, c'est le lundi de Pâques, jour férié. Les habitants sont allés faire des courses dans les supermarchés: et cela renforce l'impression de vide et de solitude. On entend seulement la musique arabe qui provient des appartements où habi- tent les travailleurs immigrés: "une musique lourde, aux accents traînants, avec une drôle de voix aiguë qui chevrote interminablement" (82).

La seconde section de ce récit présente la description physique puis psy- chologique de Christine, une jeune fille de 16 ans. Christine est mince, les cheveux blonds noués en queue de cheval, le corps moulé dans un jean de velours noir et un blouson de plastique blanc. Elle s'est fardée pour avoir l'air plus adulte: et elle porte des bottes à talons hauts qui l'empêchent de marcher librement. Christine est une adolescente typique de la banlieue: désœuvrée et désorientée dans la vie, elle a le sentiment d'étouffer dans lacité des H.L.M. Christine éprouve constamment le besoin de se regarder dans les vitrines des magasins, dans les rétroviseurs des automobiles, dans les miroirs des toilettes. Pourquoi? Par coquetterie bien sûr. Mais aussi parce qu'elle est à la recherche de son identité. Christine veut avoir l'air mûr et émancipé. Elle a cessé de vénérer ses parents, de s'identifier à eux et de se définir par rapport à eux. Christine traverse l'âge ingrat: avec la cruauté et la lucidité propres aux adolescents, elle trouve ses parents grotesques.

Christine pense à son père, à son père assis devant le poste de télévision, les joues mal rasées, les cheveux hirsutes . . . Elle pense aussi à sa mère, avec son visage fatigué, ses cheveux teints, ses membres et son ventre lourd, son silence lourd aussi, comme s'il y avait des tas de choses qui s'y étaient accumulées comme une mauvaise graisse.(84)

Cependant la révolte de Christine contre sa famille n'est pas seulement œdipienne. Le Clézio montre qu'il y a des raisons objectives à son dégoût: la vie dans les H.L.M. est insupportable à cause du bruit, des odeurs, de la saleté. Aujourd'hui Christine va retrouver son amie Cathy au Milk Bar. Pendant quelques instants elle échappe à l'ennui et s'amuse avec Cathy. Mais la nuit tombe et Cathy doit rentrer. Christine se retrouve seule dans la rue au moment de la fermeture. La nuit tombe sur la ville, il fait froid, et la jeune fille se promène à l'aventure sur les trottoirs, puis à travers les parkings. Au bout d'un moment, elle est rattrapée par des motards qui forment un cercle autour d'elle et la contraignent à s'arrêter. Christine se tient immobile au milieu du parking, sous la lumière jaune du réverbère, tandis que les motards tournent lentement autour d'elle en l'observant. Dans cette scène, comme dans la scène du viol qui va suivre, Christine est fouillée par le regard de ses agresseurs, mais elle ne peut voir leurs visages. Son regard est nié par autrui: elle est transformée en objet: "Les motards ont leurs visages masqués par la visière de leurs casques, et [...] ils tournent autour d'elle, en donnant de petits coups d'accélérateur qui font tressauter leurs motos, et bouger la lumière de leurs phares et de leurs feux rouges"

(89).

La scène du viol forme la troisième section de cette nouvelle. Les motards entraînent de force Christine dans la cave d'un immeuble. C'est un viol collectif: un à un les garçons se succèdent dans l'obscurité et Christine va subir leurs coups et leurs caresses. Pour Christine, c'est une expérience humiliante et douloureuse: la scène est présentéeà travers la conscience de Christine qui, justement, est niée en tant que sujet. Pour elle, ce viol se résume en une seule sensation: elle a l'impression de couler dans une eau froide, au fond d'un puits. "Chaque fois qu'un garçon entre en elle, en forçant, la douleur grandit dans son corps et l'entraîne au fond du puits"

(92).

Le Clézio n'offre pas de conclusion à cet épisode. Ici encore il vise à "méduser" le lecteur et à le plonger dans le malaise. Au bout d'un long moment, les garçons disparaissent, non sans menacer leur victime de re- présailles si elle parlait. Christine se rhabille en tremblant de douleur et de rage. Dans la rue, elle reprend son souffle. Elle cherche un rétroviseur pour effacer les marques sur son visage, étalant le rimmel et le fard. Ce geste est significatif: le lecteur comprend que Christine ne parlera pas de l'incident à ses parents. Elle va dissimuler ce qui s'est passé. En un sens ce viol fait maintenant partie de son identité de femme adulte.

Le titre de cette nouvelle, "Ariane", se justifie de deux façons. D'une part l'auteur indique dans le préambule de son récit que la cité des H.L.M. où vit Christine se trouve dans "le vallon de l'Ariane" (80),un petit cours d'eau. D'autre part la cité des H.L.M. est présentée à plusieurs reprises comme un labyrinthe où se perd l'héroïne4.

On se rappelle que dans le mythe grec Minotaure, un monstre fabuleux au corps d'homme et à la tête de taureau, vit enfermé dans le labyrinthe de Cnossos. Tous les neuf ans, la ville d'Athènes doit lui livrer de jeunes victimes à dévorer. Mais un jeune prince de l'Attique, Thésée, décide d'af- fronter l'ogre et de le mettre à mort. Assisté d'Ariane, la fille du roi de Crète, le jeune héros s'engage dans le labyrinthe. Il parvient à trancher la tête de Minotaure puis à retrouver l'issue du dédale grâce à une pelote de fil.

Notons ici à quel point le mythe grec se prête bien à une lecture psycha- nalytique. Dans la perspective freudienne, Thésée et le Minotaure représentent deux niveaux du psychisme: ils représentent le moi qui doit vaincre le ça au cours d'une descente symbolique dans l'inconscient (le labyrinthe obscur). Le mythe grec symbolise une étape importante dans le développement de la personnalité: il marque l'apprentissage des pulsions agressives par le sujet, c'est-à-dire la reconnaissance de la puissance de l'inconscient5. Cependant le "meurtre" symbolique du ça par le moi ne prend tout son sens que s'il permet au sujet de donner une nouvelle orien- tation à son agressivité et une nouvelle structure à sa libido. Le "meurtre" ne prend toute sa valeur que si l'individu, débarrassé de ses démons intérieurs, parvient maintenant à tisser de nouveaux liens avec le monde extérieur et surtout avec autrui. La décapitation de Minotaure n'a de sens que si le héros parvient à ressortir du labyrinthe, à rejoindre le monde des vivants, et finalement à s'unir à Ariane. C'est cette union nouvelle avec la femme, union qui est à la fois l'objectif de l'épreuve et le moyen de surmon- ter cette épreuve, que symbolise le fil d'Ariane.

Dans la nouvelle de Le Clézio, cependant, l'absence du héros masculin est frappante. Le labyrinthe obscur est bien présent-ce sont les caves sombres des H.L.M.-mais il devient le théâtre de la victoire radicale du monstre. Ici nulle sublimation des instincts ne se réalise. Nulle initiation n'a lieu. Au contraire: Christine, Ariane moderne, est dévorée par le Minotaure (violée par la bande de voyous). Christine est la victime d'une violence insensée. Elle est transformée en victime sacrificielle car il est clair que le viol collectif représente pour les motards une sorte de rituel qui assure la cohésion-la complicité et l'identité-de la bande. Mais Le Clézio, évidemment, ne cherche pas àjustifier ce viol. Il montre au contraire que Christine est un bouc émissaire. La violence que subit la jeune fille fait apparaître avec une netteté insoutenable l'absence de valeurs communautaires dans les banlieues.

Pour conclure, il est clair que Le Clézio a cherché dans ce recueil de nouvelles à attirer l'attention du public sur le malaise des banlieues à un moment où ce phénomène n'avait pas encore connu l'ampleur que l'on sait6. Mais on aurait tort d'envisager l'écriture de La Ronde comme l'expression d'une protestation politique de l'auteur. Pourquoi? Parce que les protago- nistes de ce recueil ne sont pas, à proprement parler, des révoltés. Ces personnages "éclatent" de rage et d'impuissance; mais c'est tout. Ils ne tiennent à aucun moment un discours de revendication. Autrement dit, Le Clézio ne dessine pas d'alternative idéologique et ne laisse pas entrevoir de solution. Evidemment on pourrait faire une lecture politique de ces nou- velles, mais une telle lecture trahirait l'intention de l'auteur qui est de rester aussi proche que possible du "vécu" du fait divers. Barthes l'a bien vu:

Une idéologie et une psychanalyse du fait divers sont possibles; mais il s'agit là d'un monde dont la connaissance n'est jamais qu'inteliectuelie, analytique, élaborée au second degré par celui qui parle du fait divers non par celui qui le consomme. Au niveau de la lecture, tout est donné dans un fait divers. (189)

Cependant, pour échapper aux clichés contenus dans les faits divers, Le Clézio utilise plusieurs procédés. D'une part il s'efforce de mettre en évidence l'individualité et l'humanité de ceux qui sont trop souvent stéréotypés dans les journaux. Dans ses récits, la jeune voleuse, la mère- célibataire et l'adolescente révoltée des banlieues offrent au lecteur un vi- sage reconnaissable et bien distinct. D'autre part Le Clézio attire l'attention du lecteur sur la situation concrète des jeunes femmes dans les banlieues. Les trois nouvelles que nous venons d'étudier présentent des héroïnes marginalisées, abandonnées ou violées, sans secours ni recours à leur portée. Ces trois jeunes femmes servent de révélateur pour faire apparaître la violence latente du milieu dans lequel elles évoluent7.

Pour finir, Le Clézio fait jouer le ressort du mythe et renouvelle ainsi la signification du fait divers. Il est significatif que les deux mythes employés par Le Clézio dans "Ariane" et "Moloch renvoient aux deux sources de notre civilisation: la source grecque et la source juive. Le pessimisme de l'écrivain concernant l'état présent de notre civilisation est sensible dans cette description sombre du monde des banlieues, monde de l'exclusion et de la solitude, monde de la violence et de la peur. Le Clézio veut montrer à son lecteur que le monde des banlieues modernes est un monde sans sacré, un monde sans héros fondateur et sans mythes collectifs: donc un monde sans communauté et sans identité8. Dans La Ronde le temps cyclique du mythe-le temps sacré de l'initiation-est remplacé par sa caricature: le cercle vicieux de la routine et de l'aliénation.

Notes

'~acitation qui précède comporte un élément de contradiction qui montre très bien l'aliénation du personnage. Martine n'éprouve que du mépris pour ces adultes qui passent leur temps devant la télévision, mais la liberté qu'elle leur oppose est aussi tributaire de l'univers de la télévision puisque la métaphore qui lui vient à l'esprit pour décrire la liberté est celle du cow-boy, image qu'elle emprunte aux westerns télévisés.

'11 s'agit de "Structure du fait divers" (1962), repris dans Essais critiques (pages 188-97). Les citations qui suivent renvoient à cet article. Il est clair que Roland Barthes, lorsqu'il rapproche fait divers et nouvelle, songe essentiellement au genre des "nouvelles-instants". Sur ce point, voir les analyses de René Godenne dans La Nouvelle française (124-39).

3~esenfants étaient immolés puis brûlés. On identifie traditionnellement Moloch à Baal. A l'origine, le culte de Moloch était pratiqué dans la vallée de Gêy-Hinnom, d'où l'expression "souffrir du feu de la géhenne."

4~otammentà la page 83, lorsque Le Clézio écrit: "Christine entend le bruit de ses talons résonner à travers tous les dédales des parkings" (c'est moi qui souligne). 5~oncernantl'identification des pulsions agressives chez Adler et chez Freud, voir l'ouv- rage de J. Laplanche et ].-B. Pontalis, aux pages 16-17 et 372-75.

es affrontements violents de Vaulx-en-Velin, en 1990, ont sensibilisé l'opinion française au malaise des banlieues. Mais dès 1981 les "rodéos" dans la cité des Minguettes, près de Lyon, avaient provoqué l'intervention du gouvernement. En publiant La Ronde en 1982, Le Clézio fait donc preuve d'un remarquable sens de l'actualité.

e en ni fer Waelti-Walters a montré dans son étude (pages 99-101) que Béa, l'héroïne de La Guerre, sert aussi de révélateur pour faire apparaître la violence du milieu urbain. Béa, comme Christine, est la victime d'un viol. Cependant Le Clézio lui donne un compagnon et un "sauveur" en Mr. X. La solitude radicale des personnages féminins dans La Ronde marque le pessimisme grandissant de l'auteur.

'~ermaine Brée a noté que le thème de 1a"démythification" est important dans La Ronde. Elle explique la fascination qu'exerce l'œuvre de Le Clézio de la façon suivante: "it is rooted [...] in the apprehension and pain of an era fast being erased as new 'gods' take over the world I...] Today's 'gods' are that part of the human creature Le Clézio most distrusts, the hufian mind (357). Précisons ici que la violence absurde des banlieues peut être interprétée comme la recherche négative d'un acte fondateur. Le Clézio a d'ailleurs abordé ce problème dans La Guerre et surtout dans Le Livre des fuites où il décrit le phénomème des banlieues à l'échelle planétaire. Sur ce point, je renvoie àmon article sur LP Livre des fuites, page 431. Concernant l'emploi des mythes grecs par l'écrivain pour traduire le "malaise de la civilisa- tion", je renvoie à l'article de Patricia Johnson.

Références

Barthes, Roland. Essais critiques. Paris: Seuil, 1964. 
Brée, Germaine. "The Fabulous World of J.M.G. Le Clézio". From Dante to Garcia Marquez: 

Studies in Romance Literatures and Linguistics. Ed. G. Bell-Villada, A. Giménez and G.

Pistorius. Williamstown: Williams Coiiege Press, 1987. 349-60. Godenne, René. La Nouvelle Française. Paris: P.U.F., 1974. Johnson, Patricia. "Adam Pollo and the Greek Connection: The Mythological Dimensions of

Le Clézio's 'Le Procès verbal"'. Classical and Modern Literature 4 (1983): 5-14. Laplanche, Jean, and ].-B. Pontalis. Vocabulaire de la psychanalyse. Paris: P.U.F., 1967. Le Clézio, Jean-Marie-Gustave. La Guerre. Paris: Gallimard, 1970. -. La Ronde. Paris: Gallimard, 1982. Thibault, Bruno. "'Le Livre des fuites'de J.M.G. Le Clézio et le problème du roman exotique

moderne". French Reuiew 65 (1992): 425-34. Waelti-Walters, Jennifer. J.M.G. LP Clézio. Boston: Twayne Publishers, 1977.

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